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Flash Placements Juin 2026
Depuis le début de l’année, les rendements obligataires ont fortement progressé à l’échelle mondiale. Les risques géopolitiques, les pressions inflationnistes et le niveau élevé de l’endettement public pèsent sur les marchés obligataires et entraînent des pertes de cours sensibles.
Executive Summary
- L’économie mondiale reste contrastée : les États-Unis et la Suisse surprennent positivement, tandis que la zone euro déçoit.
- La hausse de l’inflation menace la consommation privée et pèse sur les entreprises endettées.
- L’augmentation des prix des matières premières alimente l’inflation mondiale et les indicateurs avancés signalent des pressions persistantes sur les prix.
- Les banques centrales font face à une situation plus délicate : les attentes de baisses de taux ont laissé place, y compris pour la Fed, à un scénario de possibles hausses.
Les taux longs dans une perspective de long terme
- Les rendements obligataires mondiaux ont nettement progressé depuis le début de l’année, atteignant dans de nombreuses zones des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis des périodes de crise. Le bon du Trésor américain à 30 ans a brièvement touché 5,2 %, le taux le plus élevé depuis juillet 2007, juste avant la crise financière, alors que son équivalent allemand a atteint 3,7 %, un niveau inédit depuis la crise de la zone euro en 2011.
- Les emprunts d’État suisses occupent une position particulière à 0,8 %, la faible inflation contenant la hausse des rendements. Les progressions les plus marquées sont enregistrées au Royaume-Uni et au Japon, avec respectivement 5,7 % et 4,1 % – des niveaux qui remontent à 1998. Dans le cas du Japon, où le benchmark à 30 ans n’a été introduit qu’à la fin de 1999, il s’agit d’un record historique absolu.
- La première vague de hausse des rendements à partir de 2022 trouvait son origine dans la pandémie de Covid : confinements, pénuries mondiales d’approvisionnement, afflux de liquidités et mesures budgétaires ont alimenté l’inflation et, avec elle, les rendements.
- La progression actuelle a une cause différente mais apparentée : la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz restreignent les approvisionnements en énergie et en engrais, alimentent l’inflation et provoquent la hausse des rendements. S’y ajoute l’endettement public élevé de nombreux pays industrialisés.
- Depuis le début de la guerre, les cours de la plupart de ces obligations de référence – dont la duration est d’environ 16 ans – ont reculé de huit à neuf pourcent, et même de 12 % au Royaume-Uni et 14,5 % au Japon.
Obligations à 30 ans : rendements au plus haut niveau historiqu
Source : Bloomberg Finance L.P.
Bon départ en début d’année – résistance inflationniste
- Le dénominateur commun de l’ensemble des zones économiques est la pression inflationniste persistante résultant de la fermeture du détroit d’Ormuz : la hausse des prix des matières premières se reflète dans les prix à la production, un indicateur avancé des prix à la consommation, et devrait continuer d’alimenter la dynamique inflationniste dans les mois à venir. Parallèlement, les marchés du travail se refroidissent progressivement à l’échelle mondiale, après des niveaux de chômage initialement bas : Suisse de 1,9 % (2023) à 3,0 %, États-Unis de 3,4 % à 4,3 %, France de 7,1 % à 8,1 %, Royaume-Uni de 3,6 % à 5,0 %.
- L’économie suisse semble avoir commencé l’année sur des bases étonnamment solides, avec une croissance du PIB attendue à 0,5 %. L’indice des directeurs d’achat s’établissait à 54,5 points en avril, nettement en territoire expansionniste. Du côté des prix, une hausse de l’inflation à 0,6 % marque un éloignement du scénario déflationniste menaçant. Sur cette base, nous prévoyons un léger ralentissement au deuxième trimestre.
- Le PIB américain a progressé à un rythme annualisé de 2 % au premier trimestre, porté par des investissements des entreprises toujours soutenus dans le domaine de l’intelligence artificielle et des centres de données. Le marché du travail reste solide malgré un léger fléchissement, ce qui maintient la demande des ménages à un niveau stable. Les licenciements restent historiquement bas et la croissance des salaires se poursuit. Toutefois, une inflation de 3,8 % a fait basculer les revenus réels dans le négatif pour la première fois depuis 2023. À noter également l’augmentation des déclarations de faillite, liée à un niveau d’endettement élevé, à la hausse des taux d’intérêt sur les crédits et à un resserrement des conditions d’octroi de prêts bancaires.
- La croissance économique de la zone euro reste modeste à 0,8 % en glissement annuel, sans accélération en vue pour 2026. Par rapport au trimestre précédent, la progression est un maigre 0,1 %. L’Espagne se distingue positivement avec une croissance de 0,6 % sur le trimestre et de 2,7 % en glissement annuel. En France, les problèmes structurels et l’instabilité politique influencent négativement l’économie, dont la croissance est nettement inférieure à la moyenne de la zone euro.
- L’Allemagne fait également figure d’exception au sein de l’Europe – et pas dans le bon sens. Alors que l’emploi dans l’UE a progressé de 0,6 % au premier trimestre 2026, l’Allemagne a perdu 61’000 postes en données corrigées des variations saisonnières sur la même période – soit 486’000 postes de moins par rapport au trimestre précédent en données brutes, le recul le plus marqué depuis des années. Le secteur industriel porte le poids le plus lourd, avec 171’000 emplois perdus en glissement annuel. Un signal d’alerte supplémentaire : les faillites d’entreprises ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 20 ans au premier trimestre 2026, les chercheurs de l’IWH ayant recensé 1’716 cas pour le seul mois de mars, essentiellement dans les petites entreprises.
États-Unis : faillites, retard de paiement et chômage
Source : Bloomberg Finance L.P.
Indices des directeurs d’achat – secteur manufacturier
Source : Bloomberg Finance L.P.
Hausse des taux directeurs attendue
- Les pénuries d’approvisionnement liées au blocus du détroit d’Ormuz font grimper les prix de l’énergie et des engrais. Les effets sur les prix des biens et des denrées alimentaires sont désormais visibles dans la plupart des pays et devraient durer plus longtemps que prévu. Les effets secondaires maintiendront l’inflation à des niveaux élevés ces prochains mois.
- La hausse des prix aux États-Unis en avril – avec +6,0 % pour les prix à la production et +3,8 % pour les prix à la consommation – a surpris les marchés. Des évolutions similaires apparaissent en Europe, en Suisse et au Japon. Des membres de la BCE, dont Joachim Nagel, préparent déjà les marchés à de prochaines hausses de taux.
- Avec l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Fed, l’indépendance de la banque centrale est mise à l’épreuve : la pression inflationniste contredit les exigences de l’administration Trump en faveur de taux plus bas. Alors que deux baisses de taux étaient encore attendues avant la guerre, les marchés anticipent désormais une hausse d’ici mars 2027.
- La BNS fait face à un autre défi : avec une inflation sous-jacente de seulement 0,3 %, sa marge de manœuvre pour relever les taux reste limitée. Elle signale donc une plus grande disposition à intervenir sur le marché des changes si le franc continue de s’apprécier.
- Le dilemme fondamental pour les banques centrales réside dans le fait que cette poussée inflationniste résulte, non pas de la demande, mais d’un choc d’offre. Traditionnellement, l’inflation est combattue par des hausses de taux – mais celles-ci ont des effets négatifs sur la croissance. Dans un environnement où l’économie perd déjà de sa dynamique, cet instrument est moins efficace qu’à l’ordinaire. Un resserrement trop agressif risque de provoquer une récession ; une posture trop passive menace d’accélérer l’inflation. Les échos des années 1970 sont difficiles à ignorer – mêmes zones, mêmes matières premières, même poussée inflationniste.
Prévisions de taux d‘intérêt en Suisse : Notre évaluation de fin avril 2026
- À moyen terme, nous voyons – notamment en raison du conflit en Iran – le risque d‘une hausse durable des prix des matières premières et, par voie de conséquence, d‘une inflation légèrement plus élevée, avec une pression à la hausse correspondante sur les taux d‘intérêt.
- En Suisse, la dépendance au pétrole est nettement moindre qu‘à l‘étranger – le pays couvre environ 60 % de son électricité grâce à l‘hydraulique et près d’un tiers grâce au nucléaire, tandis que le pétrole joue un rôle principalement dans les transports et le chauffage. Les taux devraient donc progresser moins qu‘en Europe ou en Asie. Le franc suisse fort amortit par ailleurs le renchérissement des importations de matières premières. Nous ne serons toutefois pas entièrement épargnés.
Suisse : Prévisions de taux
Source : Aquila SA, Bloomberg Finance L.P.
États-Unis : inflation – les années 1970 et aujourd’hui
Source : Bloomberg Finance L.P.
Malgré la hausse des rendements, peu de tension sur les spreads
- La hausse des rendements depuis le début de l’année a varié sensiblement selon les pays : la Suisse et l’Allemagne ont enregistré des hausses d’environ 30 points de base, tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon ont été nettement plus touchés, avec des progressions de respectivement 50, 60 et 70 points de base.
- Les spreads de crédit sur les obligations d’entreprises et celles à haut rendement se sont calmés après un élargissement temporaire lié à la guerre en mars, et se négocient à proximité de leurs plus bas niveaux des dernières années. Le rallye des obligations d’entreprises a comprimé les primes de risque à des niveaux observés pour la dernière fois avant la crise financière mondiale de 2008.
- Les acteurs du marché semblent globalement peu préoccupés par le contexte général – une sérénité particulièrement frappante dans le secteur du crédit privé. Ce marché de prêts directs aux entreprises en dehors du marché obligataire public a connu une croissance massive ces dernières années, et les risques qu’il porte dans un environnement de hausse des taux, de ralentissement économique et donc de liquidité décroissante sont devenus plus visibles – sans toutefois avoir été suffisamment mis à l’épreuve jusqu’à présent.
Taux des obligations d’État à 10 ans en %, 5 ans
Source : Bloomberg Finance L.P.
Résultats bénéficiaires et investissements comme soutien
- L’intelligence artificielle reste le thème dominant des marchés d’actions. Les bénéfices, les perspectives et surtout les investissements records restent au centre de l’attention, mais leur durabilité est examinée de manière plus critique. Les bénéficiaires ne se limitent plus aux fabricants de semi-conducteurs et de matériel informatique : les entreprises des communications et des infrastructures de réseaux gagnent également en importance.
- Les tensions géopolitiques et la guerre en Iran soutiennent les secteurs de l’énergie, de la défense et de l’industrie. Les entreprises énergétiques profitent de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et nous n’anticipons pas de normalisation rapide de l’approvisionnement, même après une réouverture du détroit d’Ormuz. Le secteur de la défense bénéficie aussi d’un environnement de menace élevé et de budgets militaires durablement renforcés en Europe.
- Les programmes d’infrastructure et de relance budgétaire soutiennent également la demande de biens et les entreprises du secteur des matières premières. Dans l’environnement actuel, une large diversification reste essentielle, car la combinaison d’une inflation élevée, d’incertitudes géopolitiques et de valorisations sensibles aux taux peut rapidement modifier le profil de risque de certains secteurs.
Marchés boursiers : performance depuis le 1er janvier 2026, indexée, en monnaie locale
Source : Bloomberg Finance L.P.
Quatre banques centrales, quatre dilemmes
- La faiblesse structurelle du dollar a été interrompue par la guerre en Iran et l’aversion au risque qui en découle, ainsi que par le statut de valeur refuge de la devise. Depuis ses niveaux les plus bas de janvier/février à 0,76 face au franc, le billet vert s’est redressé, soutenu par des indicateurs de dynamique positifs et des signaux d’achat des moyennes mobiles. L’élargissement des différentiels de taux en faveur du dollar apporte un soutien fondamental supplémentaire à son appréciation. Nous prévoyons une poursuite de cette tendance positive.
- La zone euro connaissant également une hausse des taux plus marquée que notre devise nationale, nous prévoyons aussi une légère appréciation de l’euro. La BCE se voit contrainte de relever ses taux directeurs en réponse à une inflation plus élevée, alors que la pression inflationniste en Suisse reste nettement plus limitée. Des interventions de la BNS sur le marché des changes pourraient en outre avoir contribué à l’affaiblissement du franc.
- Le yen japonais reste structurellement sous-évalué, et la Fed fait pression sur la Banque du Japon pour qu’elle relève ses taux directeurs plutôt que de recourir à des achats de yen aux dépens du dollar. Pour le Japon, un resserrement monétaire apparaît comme la seule voie viable, les interventions sur le marché des changes semblant perdre de leur efficacité.
EUR et USD face au CHF (12 mois)
Source : Bloomberg Finance L.P.
Or et pétrole au premier plan – super cycle des matières premières intact
- L’or se négocie actuellement aux alentours de 4’500 USD l’once, soit environ 19 % en dessous de son record historique. Le comportement divergent de l’or et du pétrole depuis le début de la guerre est remarquable : alors que le pétrole agit comme un puissant facteur inflationniste, l’or se consolide sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt – une évolution constructive après le rallye massif précédent.
- La demande structurellement élevée des banques centrales continue d’apporter un soutien. Selon le World Gold Council, 73 % des banques centrales prévoient de réduire leurs réserves en USD, laissant présager de nouveaux achats d’or. Si le mois de mars 2026 a enregistré des ventes nettes d’environ 51 tonnes – les premières depuis 2023, sous l’impulsion de la Turquie et de l’Azerbaïdjan –, les banques centrales sont restées des acheteurs nets substantiels sur l’ensemble du trimestre.
- La durée pendant laquelle le détroit d’Ormuz restera sélectivement fermé ne peut être estimée à ce stade. Même en cas de réouverture rapide, un recul significatif des prix apparaît peu probable, les livraisons nécessitant plusieurs semaines. Les réserves stratégiques servent de tampon pour garantir l’approvisionnement, tandis que les sanctions contre la Russie sont assouplies afin de stabiliser les marchés.
- Dans le secteur agricole, nous prévoyons également une hausse des prix jusqu’à la période de récolte, sous l’effet de l’augmentation des coûts de l’énergie et des engrais.
Indices des matières premières (12 mois)
Source : Bloomberg Finance L.P.
Les taux longs dans une perspective de long terme
- Les rendements obligataires mondiaux ont nettement progressé depuis le début de l’année, atteignant dans de nombreuses zones des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis des périodes de crise. Le bon du Trésor américain à 30 ans a brièvement touché 5,2 %, le taux le plus élevé depuis juillet 2007, juste avant la crise financière, alors que son équivalent allemand a atteint 3,7 %, un niveau inédit depuis la crise de la zone euro en 2011.
- Les emprunts d’État suisses occupent une position particulière à 0,8 %, la faible inflation contenant la hausse des rendements. Les progressions les plus marquées sont enregistrées au Royaume-Uni et au Japon, avec respectivement 5,7 % et 4,1 % – des niveaux qui remontent à 1998. Dans le cas du Japon, où le benchmark à 30 ans n’a été introduit qu’à la fin de 1999, il s’agit d’un record historique absolu.
- La première vague de hausse des rendements à partir de 2022 trouvait son origine dans la pandémie de Covid : confinements, pénuries mondiales d’approvisionnement, afflux de liquidités et mesures budgétaires ont alimenté l’inflation et, avec elle, les rendements.
- La progression actuelle a une cause différente mais apparentée : la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz restreignent les approvisionnements en énergie et en engrais, alimentent l’inflation et provoquent la hausse des rendements. S’y ajoute l’endettement public élevé de nombreux pays industrialisés.
- Depuis le début de la guerre, les cours de la plupart de ces obligations de référence – dont la duration est d’environ 16 ans – ont reculé de huit à neuf pourcent, et même de 12 % au Royaume-Uni et 14,5 % au Japon.
Obligations à 30 ans : rendements au plus haut niveau historiqu
Source : Bloomberg Finance L.P.
Bon départ en début d’année – résistance inflationniste
- Le dénominateur commun de l’ensemble des zones économiques est la pression inflationniste persistante résultant de la fermeture du détroit d’Ormuz : la hausse des prix des matières premières se reflète dans les prix à la production, un indicateur avancé des prix à la consommation, et devrait continuer d’alimenter la dynamique inflationniste dans les mois à venir. Parallèlement, les marchés du travail se refroidissent progressivement à l’échelle mondiale, après des niveaux de chômage initialement bas : Suisse de 1,9 % (2023) à 3,0 %, États-Unis de 3,4 % à 4,3 %, France de 7,1 % à 8,1 %, Royaume-Uni de 3,6 % à 5,0 %.
- L’économie suisse semble avoir commencé l’année sur des bases étonnamment solides, avec une croissance du PIB attendue à 0,5 %. L’indice des directeurs d’achat s’établissait à 54,5 points en avril, nettement en territoire expansionniste. Du côté des prix, une hausse de l’inflation à 0,6 % marque un éloignement du scénario déflationniste menaçant. Sur cette base, nous prévoyons un léger ralentissement au deuxième trimestre.
- Le PIB américain a progressé à un rythme annualisé de 2 % au premier trimestre, porté par des investissements des entreprises toujours soutenus dans le domaine de l’intelligence artificielle et des centres de données. Le marché du travail reste solide malgré un léger fléchissement, ce qui maintient la demande des ménages à un niveau stable. Les licenciements restent historiquement bas et la croissance des salaires se poursuit. Toutefois, une inflation de 3,8 % a fait basculer les revenus réels dans le négatif pour la première fois depuis 2023. À noter également l’augmentation des déclarations de faillite, liée à un niveau d’endettement élevé, à la hausse des taux d’intérêt sur les crédits et à un resserrement des conditions d’octroi de prêts bancaires.
- La croissance économique de la zone euro reste modeste à 0,8 % en glissement annuel, sans accélération en vue pour 2026. Par rapport au trimestre précédent, la progression est un maigre 0,1 %. L’Espagne se distingue positivement avec une croissance de 0,6 % sur le trimestre et de 2,7 % en glissement annuel. En France, les problèmes structurels et l’instabilité politique influencent négativement l’économie, dont la croissance est nettement inférieure à la moyenne de la zone euro.
- L’Allemagne fait également figure d’exception au sein de l’Europe – et pas dans le bon sens. Alors que l’emploi dans l’UE a progressé de 0,6 % au premier trimestre 2026, l’Allemagne a perdu 61’000 postes en données corrigées des variations saisonnières sur la même période – soit 486’000 postes de moins par rapport au trimestre précédent en données brutes, le recul le plus marqué depuis des années. Le secteur industriel porte le poids le plus lourd, avec 171’000 emplois perdus en glissement annuel. Un signal d’alerte supplémentaire : les faillites d’entreprises ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 20 ans au premier trimestre 2026, les chercheurs de l’IWH ayant recensé 1’716 cas pour le seul mois de mars, essentiellement dans les petites entreprises.
États-Unis : faillites, retard de paiement et chômage
Source : Bloomberg Finance L.P.
Indices des directeurs d’achat – secteur manufacturier
Source : Bloomberg Finance L.P.
Hausse des taux directeurs attendue
- Les pénuries d’approvisionnement liées au blocus du détroit d’Ormuz font grimper les prix de l’énergie et des engrais. Les effets sur les prix des biens et des denrées alimentaires sont désormais visibles dans la plupart des pays et devraient durer plus longtemps que prévu. Les effets secondaires maintiendront l’inflation à des niveaux élevés ces prochains mois.
- La hausse des prix aux États-Unis en avril – avec +6,0 % pour les prix à la production et +3,8 % pour les prix à la consommation – a surpris les marchés. Des évolutions similaires apparaissent en Europe, en Suisse et au Japon. Des membres de la BCE, dont Joachim Nagel, préparent déjà les marchés à de prochaines hausses de taux.
- Avec l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Fed, l’indépendance de la banque centrale est mise à l’épreuve : la pression inflationniste contredit les exigences de l’administration Trump en faveur de taux plus bas. Alors que deux baisses de taux étaient encore attendues avant la guerre, les marchés anticipent désormais une hausse d’ici mars 2027.
- La BNS fait face à un autre défi : avec une inflation sous-jacente de seulement 0,3 %, sa marge de manœuvre pour relever les taux reste limitée. Elle signale donc une plus grande disposition à intervenir sur le marché des changes si le franc continue de s’apprécier.
- Le dilemme fondamental pour les banques centrales réside dans le fait que cette poussée inflationniste résulte, non pas de la demande, mais d’un choc d’offre. Traditionnellement, l’inflation est combattue par des hausses de taux – mais celles-ci ont des effets négatifs sur la croissance. Dans un environnement où l’économie perd déjà de sa dynamique, cet instrument est moins efficace qu’à l’ordinaire. Un resserrement trop agressif risque de provoquer une récession ; une posture trop passive menace d’accélérer l’inflation. Les échos des années 1970 sont difficiles à ignorer – mêmes zones, mêmes matières premières, même poussée inflationniste.
Prévisions de taux d‘intérêt en Suisse : Notre évaluation de fin avril 2026
- À moyen terme, nous voyons – notamment en raison du conflit en Iran – le risque d‘une hausse durable des prix des matières premières et, par voie de conséquence, d‘une inflation légèrement plus élevée, avec une pression à la hausse correspondante sur les taux d‘intérêt.
- En Suisse, la dépendance au pétrole est nettement moindre qu‘à l‘étranger – le pays couvre environ 60 % de son électricité grâce à l‘hydraulique et près d’un tiers grâce au nucléaire, tandis que le pétrole joue un rôle principalement dans les transports et le chauffage. Les taux devraient donc progresser moins qu‘en Europe ou en Asie. Le franc suisse fort amortit par ailleurs le renchérissement des importations de matières premières. Nous ne serons toutefois pas entièrement épargnés.
Suisse : Prévisions de taux
Source : Aquila SA, Bloomberg Finance L.P.
États-Unis : inflation – les années 1970 et aujourd’hui
Source : Bloomberg Finance L.P.
Malgré la hausse des rendements, peu de tension sur les spreads
- La hausse des rendements depuis le début de l’année a varié sensiblement selon les pays : la Suisse et l’Allemagne ont enregistré des hausses d’environ 30 points de base, tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon ont été nettement plus touchés, avec des progressions de respectivement 50, 60 et 70 points de base.
- Les spreads de crédit sur les obligations d’entreprises et celles à haut rendement se sont calmés après un élargissement temporaire lié à la guerre en mars, et se négocient à proximité de leurs plus bas niveaux des dernières années. Le rallye des obligations d’entreprises a comprimé les primes de risque à des niveaux observés pour la dernière fois avant la crise financière mondiale de 2008.
- Les acteurs du marché semblent globalement peu préoccupés par le contexte général – une sérénité particulièrement frappante dans le secteur du crédit privé. Ce marché de prêts directs aux entreprises en dehors du marché obligataire public a connu une croissance massive ces dernières années, et les risques qu’il porte dans un environnement de hausse des taux, de ralentissement économique et donc de liquidité décroissante sont devenus plus visibles – sans toutefois avoir été suffisamment mis à l’épreuve jusqu’à présent.
Taux des obligations d’État à 10 ans en %, 5 ans
Source : Bloomberg Finance L.P.
Résultats bénéficiaires et investissements comme soutien
- L’intelligence artificielle reste le thème dominant des marchés d’actions. Les bénéfices, les perspectives et surtout les investissements records restent au centre de l’attention, mais leur durabilité est examinée de manière plus critique. Les bénéficiaires ne se limitent plus aux fabricants de semi-conducteurs et de matériel informatique : les entreprises des communications et des infrastructures de réseaux gagnent également en importance.
- Les tensions géopolitiques et la guerre en Iran soutiennent les secteurs de l’énergie, de la défense et de l’industrie. Les entreprises énergétiques profitent de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et nous n’anticipons pas de normalisation rapide de l’approvisionnement, même après une réouverture du détroit d’Ormuz. Le secteur de la défense bénéficie aussi d’un environnement de menace élevé et de budgets militaires durablement renforcés en Europe.
- Les programmes d’infrastructure et de relance budgétaire soutiennent également la demande de biens et les entreprises du secteur des matières premières. Dans l’environnement actuel, une large diversification reste essentielle, car la combinaison d’une inflation élevée, d’incertitudes géopolitiques et de valorisations sensibles aux taux peut rapidement modifier le profil de risque de certains secteurs.
Marchés boursiers : performance depuis le 1er janvier 2026, indexée, en monnaie locale
Source : Bloomberg Finance L.P.
Quatre banques centrales, quatre dilemmes
- La faiblesse structurelle du dollar a été interrompue par la guerre en Iran et l’aversion au risque qui en découle, ainsi que par le statut de valeur refuge de la devise. Depuis ses niveaux les plus bas de janvier/février à 0,76 face au franc, le billet vert s’est redressé, soutenu par des indicateurs de dynamique positifs et des signaux d’achat des moyennes mobiles. L’élargissement des différentiels de taux en faveur du dollar apporte un soutien fondamental supplémentaire à son appréciation. Nous prévoyons une poursuite de cette tendance positive.
- La zone euro connaissant également une hausse des taux plus marquée que notre devise nationale, nous prévoyons aussi une légère appréciation de l’euro. La BCE se voit contrainte de relever ses taux directeurs en réponse à une inflation plus élevée, alors que la pression inflationniste en Suisse reste nettement plus limitée. Des interventions de la BNS sur le marché des changes pourraient en outre avoir contribué à l’affaiblissement du franc.
- Le yen japonais reste structurellement sous-évalué, et la Fed fait pression sur la Banque du Japon pour qu’elle relève ses taux directeurs plutôt que de recourir à des achats de yen aux dépens du dollar. Pour le Japon, un resserrement monétaire apparaît comme la seule voie viable, les interventions sur le marché des changes semblant perdre de leur efficacité.
EUR et USD face au CHF (12 mois)
Source : Bloomberg Finance L.P.
Or et pétrole au premier plan – super cycle des matières premières intact
- L’or se négocie actuellement aux alentours de 4’500 USD l’once, soit environ 19 % en dessous de son record historique. Le comportement divergent de l’or et du pétrole depuis le début de la guerre est remarquable : alors que le pétrole agit comme un puissant facteur inflationniste, l’or se consolide sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt – une évolution constructive après le rallye massif précédent.
- La demande structurellement élevée des banques centrales continue d’apporter un soutien. Selon le World Gold Council, 73 % des banques centrales prévoient de réduire leurs réserves en USD, laissant présager de nouveaux achats d’or. Si le mois de mars 2026 a enregistré des ventes nettes d’environ 51 tonnes – les premières depuis 2023, sous l’impulsion de la Turquie et de l’Azerbaïdjan –, les banques centrales sont restées des acheteurs nets substantiels sur l’ensemble du trimestre.
- La durée pendant laquelle le détroit d’Ormuz restera sélectivement fermé ne peut être estimée à ce stade. Même en cas de réouverture rapide, un recul significatif des prix apparaît peu probable, les livraisons nécessitant plusieurs semaines. Les réserves stratégiques servent de tampon pour garantir l’approvisionnement, tandis que les sanctions contre la Russie sont assouplies afin de stabiliser les marchés.
- Dans le secteur agricole, nous prévoyons également une hausse des prix jusqu’à la période de récolte, sous l’effet de l’augmentation des coûts de l’énergie et des engrais.
Indices des matières premières (12 mois)
Source : Bloomberg Finance L.P.
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Cette publication a été réalisée en collaboration avec Aquila.