Flash Placements Septembre 2026
L'économie mondiale envoie des signaux mitigés : alors que les perspectives économiques s'améliorent par endroits, l'inflation, les taux d'intérêt élevés et les risques géopolitiques restent des facteurs déterminants pour les marchés financiers.
Executive Summary
- L’économie américaine perd de son élan malgré une consommation solide et des investissements dans l’IA. Au deuxième trimestre, la croissance atteint 1,5% en rythme annualisé.
- La zone euro progresse de 0,4% sur le trimestre et de 1% sur un an. En Suisse, corrigé des événements sportifs, le PIB progresse de 1,5%, dépassant les prévisions.
- La BCE et la Fed ont maintenu leurs taux en juillet et envisagent un resserrement monétaire d’ici fin 2026 – la BCE peut-être dès septembre.
- La BoJ compose avec la faiblesse du yen, la dette et l’inflation. Trois hausses de taux sont attendues d’ici mi-2027.
- Dans ce contexte désinflationniste, la BNS n’envisage aucune action immédiate.
Le service croissant de la dette grève le budget de l’État
- La dette publique brute des États-Unis a récemment franchi le seuil des 40’000 milliards de dollars, soit environ 123% du PIB. Avec un déficit budgétaire annuel élevé, prévu à près de 2’000 milliards USD, environ 6% du PIB, une progression effrénée est programmée. Le Congressional Budget Office juge ce niveau et cette trajectoire insoutenables.
- Le coût du service de cette dette atteint actuellement 1’370 milliards USD par an, contre seulement 450 milliards USD en 2021. Cette hausse tient non seulement à l’endettement croissant, mais aussi au revirement des taux consécutif à la crise du Covid.
- Depuis les bas niveaux de 2020, les rendements ont augmenté sur l’ensemble de la courbe, de 4,0 points de pourcentage à l’extrémité courte à plus de 4,5 points à l’extrémité longue – un «bear steepener» classique.
- Actuellement, les incertitudes météorologiques et géopolitiques, avec une raréfaction de l’offre de denrées alimentaires et de matières premières énergétiques, ainsi que de nombreux programmes d’investissement dans les infrastructures, les centres de données, l’armement et la transition énergétique, entretiennent une pression inflationniste persistante, qui non seulement maintient les taux élevés, mais recèle aussi un potentiel de nouvelle hausse.
- Une part considérable de la dette arrive à refinancement dans les douze mois; elle avait été émise à l’origine à des taux plus bas. Compte tenu de la structure des rendements, elle est actuellement refinancée en majorité à court terme. L’ensemble de la charge de la dette se déplace toujours davantage vers l’extrémité courte, ce qui, en cas de nouveau choc inflationniste, entraînerait l’État et la Fed dans un cercle de refinancement dangereux et auto-entretenu, et restreindrait leur marge de manœuvre.
L’Europe tient, l’Amérique cède, la Chine cherche
- L’économie américaine a progressé de 1,5% en rythme annualisé au deuxième trimestre, après 2,1% au premier. Les dépenses de consommation privée ont augmenté plus que prévu, de 3,2%, soutenues par les remboursements d’impôts issus du «One Big Beautiful Bill Act» qui touche à sa fin. Parallèlement, les entreprises ont continué de pousser leurs investissements dans l’IA. La baisse des dépenses publiques et des exportations nettes plus faibles ont eu un effet de frein.
- La propension d’achat des consommateurs américains recule depuis mars 2026, et les ventes de détail ont fléchi pour la première fois en neuf mois. Le sentiment des consommateurs selon l’Université du Michigan s’est effondré plus nettement encore en août.
- Le marché du travail se dégrade nettement. En juillet, 23’000 emplois ont été perdus, et les deux mois précédents ont été révisés à la baisse de 103’000 au total. Pour mettre en perspective: la population active diminue, car l’immigration faiblit et la génération du baby-boom part davantage à la retraite. Le taux de chômage recule de ce fait à 4,1% et maintient un équilibre précaire.
- L’inflation annuelle a de nouveau ralenti en juillet, à 3,4%, et le taux sous-jacent est tombé à 2,5%, les coûts de l’énergie ayant continué de reculer. La probabilité d’une hausse de taux de la Fed s’en est trouvée réduite.
- La zone euro a progressé de 0,4% sur le trimestre et de 1,0% sur un an au deuxième trimestre. L’Allemagne et la France continuent de décevoir, à 0,2% chacune. Les indicateurs avancés tels que l’indice des directeurs d’achat se redressent dans la plupart des sous-catégories et confirment la tendance à la reprise en cours depuis des mois.
- L’économie suisse a résisté à des coûts de l’énergie plus élevés et à une incertitude commerciale persistante. Corrigé des événements sportifs, le PIB a progressé de 1,5% au deuxième trimestre et a dépassé toutes les prévisions des analystes. La pharma et la chimie ont porté le secteur industriel, ce qui reflète avant tout un effet de base extrême hérité du premier trimestre. Le secteur des services a lui aussi progressé. La Suisse a bénéficié à cet égard de sa moindre dépendance aux combustibles fossiles.
- Au Japon, l’indice du climat des affaires Tankan s’établit à 18 points, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis environ 1990, lorsque l’indice boursier tenait ses sommets de l’époque. Aujourd’hui, des taux accommodants et un yen faible soutiennent l’environnement d’exportation.
- En Chine, les données de juillet se sont révélées faibles sur un large front et attestent du redressement laborieux au sortir de la crise. Le marché immobilier demeure léthargique et le commerce de détail reste atone.
Légèrement plus restrictif, sans hausses de taux impératives
- Les grandes banques centrales ont laissé leurs taux directeurs inchangés en juillet. L’inflation reste toutefois au centre des préoccupations et un nouveau resserrement d’ici la fin de l’année semble probable. Les prochaines décisions sont attendues entre le 10 et le 24 septembre.
- La BCE ouvre le bal le 10 septembre, avec une hausse de 25 points de base attendue. L’inflation de la zone euro a augmenté en juillet à 2,9%. La hausse des prix des matières premières maintient la pression inflationniste et une nouvelle progression n’est pas exclue.
- La Fed ne dispose que d’une marge limitée pour céder à la pression politique en faveur de taux plus bas. Le PCE sous-jacent du deuxième trimestre a augmenté de 3,4% sur une base annuelle. Kevin Warsh avait réaffirmé l’objectif de 2%.
- Le procès-verbal de la Fed du 29 juillet confirme une attitude plus restrictive. Outre les trois dissidents favorables à une hausse des taux, d’autres membres préconisaient un resserrement si l’inflation ne reculait pas. Certains doutent que les conditions de financement soient assez restrictives pour atteindre l’objectif de 2%. Avant la prochaine réunion de la Fed le 16 septembre, le symposium économique de Jackson Hole (Wyoming) se tiendra fin août. D’ici la fin de l’année, une hausse de taux reste attendue.
- La Banque du Japon se prononce le 18 septembre sur l’équilibre entre faiblesse du yen, stabilité des marchés, charge de la dette et des intérêts, incertitudes de croissance et pression inflationniste. L’intervention coordonnée avec les États-Unis a réduit la pression sur la devise. Trois hausses sont attendues d’ici mi-2027.
- La BNS se réunit le 24 septembre. Dans un environnement désinflationniste, aucune intervention n’est nécessaire pour l’heure. Ce n’est que pour la réunion de juin 2027 qu’une hausse d’un quart de point, à 0,25%, est attendue.
Prévisions de taux d’intérêt en Suisse : notre évaluation depuis avril 2026
- La Banque nationale suisse maintient son taux directeur à 0% depuis la mi-2025 et devrait poursuivre cette politique monétaire jusqu’à la mi-2027.
- Compte tenu de la hausse des rendements l’an prochain, nous jugeons le moment opportun pour profiter dès maintenant des taux fixes encore bas des hypothèques à échéance longue.
- Une faible dette publique et la stabilité politique soutiennent le franc et posent les bases d’un environnement désinflationniste. La faible dépendance au pétrole y contribue: la Suisse couvre environ 60% de son électricité par l’hydraulique et un bon tiers par le nucléaire, tandis que le pétrole est surtout utilisé dans les transports et le chauffage.
La prime pour les échéances longues («term premium») provoque Bessent
- Le rendement des emprunts d’État américain à 30 ans se maintient depuis des semaines au-dessus de 5,2%, au plus haut niveau depuis 24 ans, et tend encore à la hausse. Le marché exige une prime de durée, un supplément pour la détention d’obligations à long terme. Une légère détente à l’extrémité courte, conséquence de l’apaisement des craintes inflationnistes, n’atteint pas les échéances longues; les intervenants la jugent temporaire. Contre ce «bear steepening», le ministère des Finances rachète des emprunts à long terme et finance ces rachats par des émissions à l’extrémité courte. Bessent recourt ainsi à un instrument qu’il condamnait encore en 2024, lorsque son prédécesseur, Janet Yellen, y avait recouru.
- À partir du 9 septembre, le ministère prévoit d’au moins doubler le volume de rachats sur les emprunts à long terme. L’annonce a aussitôt fait nettement baisser les rendements à l’échelle mondiale et dans toutes les grandes devises, tandis que les taux à court terme restaient stables.
- L’intervention agit moins comme une stratégie que comme un expédient, faute d’autres leviers. Qu’elle produise un effet durable, nous en doutons: l’incertitude politique demeure élevée. Ainsi, en l’espace de 24 heures, les rendements étaient déjà remontés à leur niveau de départ. Une goutte d’eau dans l’océan.
Augmentation des bénéfices, déplacement du financement
- La saison des résultats confirme l’augmentation attendue. Les entreprises du S&P 500 ont accru leur bénéfice d’environ 35% sur un an au deuxième trimestre, quatre sur cinq ayant dépassé les attentes. L’industrie, le secteur financier et les valeurs cycliques de la consommation y contribuent désormais; la dynamique bénéficiaire ne dépend plus d’une poignée de géants technologiques. En Europe aussi, la capacité bénéficiaire s’est améliorée après des années de stagnation. En conséquence, le ratio cours/bénéfice du S&P 500 est tombé depuis le début de l’année d’environ 23,5 à quelque 19, alors même que les cours ont progressé.
- Les indicateurs avancés soutiennent le versant cyclique. L’indice des directeurs d’achat de la zone euro est monté en août à 52,1, celui de l’industrie à 52,8 – son plus haut niveau depuis mai 2022 –, et même à 54,1 en Allemagne. Pour la première fois cette année, les entreprises ont de nouveau étoffé leurs effectifs. Les motifs en sont les commandes de défense, la construction de centres de calcul et une constitution de stocks accrue en raison des risques sur les chaînes d’approvisionnement au Proche-Orient. Le secteur des services demeure faible en Allemagne et en France.
- Les entreprises de la branche IA cherchent de nouveaux canaux pour leurs besoins de financement. Broadcom lève des fonds sur le marché obligataire afin de préfinancer, avec des partenaires de private equity, les centres de calcul de ses clients. Celui qui achète des puces n’a plus à les payer immédiatement; en contrepartie, le fournisseur assume le risque de la solvabilité future de son client.
Washington entretient la volatilité sur le marché des changes
- L’intervention du Trésor américain a déclenché une chute des taux et une nette dépréciation du dollar qui, comparée au mouvement du marché obligataire, se prolonge.
- Face au franc, le billet vert a cédé 1,8%, tout en conservant depuis le début de l’année un gain d’environ un pour cent. Malgré des taux bas, le franc n’est pas, grâce à sa force structurelle, une devise de financement typique du «carry trade»; une faible dette publique et un environnement politique stable soutiennent la confiance.
- Le cours euro-dollar évolue de manière similaire. Le moindre différentiel de taux avec le dollar le soutient, ce qui joue aussi face au franc. Nous prévoyons un nouveau test du seuil de 0,94 et tablons sur un franchissement réussi.
- Le franc et le yen souffrent de la décote des taux face aux principales devises, surtout face au dollar. L’intervention coordonnée des États-Unis et du Japon pour stabiliser le yen s’est déjà à moitié dissipée, mais le cours de 160 face au dollar a tenu. Le dosage entre politique de taux et interventions est désormais plus prometteur grâce au concours américain. Le véritable risque n’est pas la faiblesse du yen, mais son retournement brutal: si une position de «carry trade» surchargée basculait d’un coup, comme en août 2024, le choc se propagerait aux marchés mondiaux des actions et des obligations.
Cotations des métaux précieux en hausse
- La banque centrale chinoise concentre à Hong Kong des réserves d’or provenant notamment de Londres et semble ainsi confirmer son intention d’ériger une nouvelle place de négoce mondiale pour l’or. Elle a en outre augmenté ses achats ces derniers mois et figure de ce fait parmi les plus grands acteurs du secteur public.
- L’ensemble des métaux précieux jouit d’une bonne demande et de prix en hausse. Sur le plan technique, la correction de janvier à juin semble achevée, et la formation du plancher qui a suivi s’est terminée début août.
- Pour les autres secteurs des matières premières, nous discernons une tendance globalement positive, à l’exception des métaux industriels et du cuivre. L’évolution timide des cours dans cette catégorie soulève la question de la trajectoire conjoncturelle, que nous continuons de suivre de près.
- Dans notre scénario de base, nous continuons de tabler sur une demande de matières premières globalement forte, portée par la transition énergétique ainsi que par les programmes d’infrastructure et d’armement dans le monde entier.
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Cette publication a été réalisée en collaboration avec Aquila.